Chaque année, des millions de professionnels se retrouvent face à un ennemi silencieux et insidieux : la dépression liée au travail. Loin d’être un simple coup de mou passager, cette maladie psychique peut prendre des formes graves, paralysant la vie personnelle et professionnelle de ceux qui en souffrent. Vous sentez-vous épuisé(e), démuni(e), voire coupable face à cette épreuve ? La crainte de l’incompréhension, du jugement ou même du licenciement rend souvent difficile la première étape : en parler. Comment naviguer dans ce labyrinthe émotionnel et administratif ? Quels sont vos droits réels face à votre employeur, la Sécurité sociale, ou même le processus de reconnaissance en maladie professionnelle ?
En 2026, la législation évolue et les mentalités commencent, lentement, à changer. Mais la complexité des démarches reste une réalité. Vous vous demandez peut-être si votre arrêt maladie pour dépression peut réellement être considéré comme une maladie professionnelle, vous ouvrant alors des droits et protections significatifs. Ce guide se propose de démystifier chaque étape, d’éclaircir chaque droit et de vous offrir les clés pour transformer cette épreuve en un chemin vers la résilience professionnelle. Parce que votre bien-être n’est pas négociable, et qu’il est temps de reprendre les rênes de votre parcours.
Dépression au travail : comprendre un phénomène de plus en plus prégnant
La dépression en milieu professionnel n’est plus un sujet tabou, même si une stigmatisation latente persiste. Elle ne traduit ni un caprice, ni une faiblesse de caractère, mais une véritable affection qui puise souvent ses racines dans des conditions de travail stressantes, une surcharge chronique ou un manque de reconnaissance. Ses répercussions sont lourdes, non seulement pour l’individu qui voit sa santé mentale et physique se dégrader, mais aussi pour les entreprises.
Le phénomène s’intensifie, comme en témoignent les études récentes. En France, la Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques (DREES) estimait en 2025 que près de trois millions de travailleurs seraient touchés par la dépression. Cette réalité, loin d’être anecdotique, pèse lourdement sur l’économie nationale, engendrant des milliards d’euros de coûts chaque année, dus à l’absentéisme, au présentéisme (être présent mais inefficace) et au turnover. La dépression se profile même comme la première cause d’invalidité à l’échelle mondiale, un constat alarmant souligné par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).
Les chiffres alarmants de la souffrance psychique en milieu professionnel en 2026
Pour mieux saisir l’ampleur de cette crise silencieuse, voici quelques données marquantes qui illustrent la portée de la dépression en entreprise. Elles soulignent l’urgence d’agir, tant au niveau individuel que collectif, pour soutenir les salariés et prévenir ces troubles.
| Indicateur Clé | Donnée en 2026 |
|---|---|
| Salariés français touchés par la dépression | Environ 3 millions (selon DREES 2025) |
| Coût estimé pour les entreprises | 3 000 à 4 000 € par salarié concerné par an |
| Durée moyenne d’un arrêt de travail | De 65 à 120 jours pour un épisode dépressif majeur |
| Classement mondial de la dépression | Première cause d’invalidité (OMS) |
| Risque de rechute après un premier épisode | 50 % des personnes en vivront un second |
Malgré ces chiffres éloquents, de nombreux professionnels hésitent encore à demander de l’aide, craignant les conséquences pour leur carrière. C’est pourquoi la connaissance de vos droits devient une première ligne de défense, un moyen de se protéger et d’aborder la maladie avec plus de sérénité.
Naviguer l’arrêt maladie pour dépression : vos premières démarches et droits
Lorsque la dépression frappe, la première étape est souvent la consultation médicale, menant à un potentiel arrêt de travail. Cette démarche, bien que nécessaire, soulève de nombreuses questions pratiques. Comment s’y prendre ? Quelles sont les obligations ?
Tout commence par un rendez-vous chez votre médecin traitant ou un psychiatre. Il est crucial d’être honnête et précis sur vos symptômes : troubles du sommeil, anxiété persistante, perte de motivation, pensées négatives. Plus le diagnostic est juste, meilleure sera la prise en charge. Le médecin établit alors un avis d’arrêt de travail, composé de trois volets distincts.
Les volets 1 et 2 sont destinés à votre Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM), à envoyer dans les 48 heures, ou transmis directement par le professionnel de santé. Le volet 3 est pour votre employeur ; il est important de noter qu’il ne mentionne jamais le diagnostic, garantissant ainsi votre secret médical. Cette transmission doit également se faire dans les 48 heures. Respecter ces délais est essentiel pour le bon déroulement de votre prise en charge.
Indemnités journalières et maintien de salaire : sécuriser votre situation financière
La question financière est souvent une source d’inquiétude majeure lors d’un arrêt de travail. Les indemnités journalières (IJ) de la Sécurité sociale visent à compenser une partie de votre perte de revenus, mais elles ne sont pas versées dès le premier jour. Un délai de carence de trois jours est généralement appliqué, ce qui signifie que les indemnités commencent à être versées à partir du quatrième jour d’arrêt. Certaines conventions collectives, cependant, peuvent prévoir un maintien de salaire dès le premier jour, il est donc impératif de vérifier les spécificités de la vôtre.
Les montants des indemnités journalières de la CPAM varient selon la durée de votre arrêt. Du 4ème au 30ème jour, elles s’élèvent généralement à 50 % de votre salaire journalier de base, sous réserve d’avoir travaillé un certain nombre d’heures les mois précédents. Au-delà de 30 jours, et avec une ancienneté minimale d’un an, un complément peut être versé par votre employeur, portant le maintien à un pourcentage plus élevé de votre salaire brut, selon les termes de votre convention collective. Pour les arrêts de très longue durée, la Sécurité sociale maintient ses versements, avec des conditions de cotisation spécifiques et des plafonds à respecter en 2026.
Pour connaître précisément vos droits en matière de maintien de salaire, un réflexe utile est de vous rapprocher de votre service des Ressources Humaines ou d’un délégué syndical. Ils pourront vous informer sur les garanties offertes par votre convention collective, qui peuvent parfois être très avantageuses, prévoyant par exemple un maintien à 100% pendant plusieurs mois dans certains secteurs.
L’Affection Longue Durée (ALD 23) : un bouclier méconnu pour la dépression sévère
Lorsque la dépression s’installe durablement, devenant sévère, récurrente ou résistant aux traitements habituels, un dispositif spécifique de l’Assurance Maladie peut entrer en jeu : la reconnaissance en Affection Longue Durée (ALD 23). Cette qualification, souvent méconnue, offre une protection financière et un cadre de soins particulièrement avantageux pour les patients atteints de troubles psychiatriques chroniques.
L’ALD 23 concerne spécifiquement les « affections psychiatriques de longue durée », une catégorie qui inclut les épisodes dépressifs majeurs récurrents, les dépressions résistantes aux traitements classiques, et les troubles bipolaires. Elle fait partie de la liste des 30 ALD reconnues et permet une prise en charge à 100% des dépenses de santé liées à la maladie. Les conditions pour en bénéficier sont rigoureuses, nécessitant notamment une dépression sévère, attestée par des échelles cliniques comme celle de Hamilton ou le PHQ-9, une récurrence prouvée, ou une résistance malgré au moins deux traitements bien conduits. La nécessité d’un traitement prolongé sur plus de six mois est également un critère essentiel.
Les avantages concrets de la reconnaissance en ALD : remboursement intégral et indemnités prolongées
Les bénéfices de la reconnaissance en ALD 23 sont loin d’être négligeables et peuvent considérablement soulager la charge financière et administrative pesant sur le patient. Le plus notable est le remboursement intégral de tous les soins directement liés à la dépression, qu’il s’agisse de consultations chez un psychiatre ou un psychologue, de médicaments, ou même d’éventuelles hospitalisations. Cette prise en charge à 100% dispense également du ticket modérateur, évitant ainsi un reste à charge pour le patient.
En termes d’arrêt de travail, l’ALD 23 prolonge la durée maximale de versement des indemnités journalières par la CPAM, qui peut s’étendre jusqu’à trois ans, là où la durée classique est limitée à 360 jours sur trois ans. Par ailleurs, la reconnaissance en ALD s’accompagne de l’établissement d’un protocole de soins personnalisé, assurant une coordination optimale entre le médecin traitant, le psychiatre et les autres professionnels de santé impliqués, garantissant ainsi un suivi cohérent et adapté à votre parcours.
La procédure débute par votre médecin traitant qui, après évaluation, établit un protocole de soins (formulaire S3501). Ce document est ensuite transmis au médecin-conseil de la CPAM qui, après étude du dossier, rend sa décision sous une trentaine de jours. Si elle est acceptée, une attestation vous sera remise, à présenter à chaque professionnel de santé. N’hésitez pas à aborder cette possibilité avec votre médecin, car de nombreux patients éligibles ignorent l’existence de ce dispositif.
Vos droits fondamentaux face à la dépression au travail : protection et recours
Le fait de souffrir de dépression au travail, même si la maladie est reconnue, peut générer une anxiété profonde concernant son emploi. La bonne nouvelle est que la loi française offre une protection solide aux salariés. L’article L1132-1 du Code du travail est clair : un licenciement fondé sur l’état de santé d’un salarié est formellement interdit et relève de la discrimination. Un employeur qui se risquerait à une telle démarche s’exposerait à la nullité du licenciement, assortie de lourds dommages et intérêts.
Cependant, il existe des nuances. Un licenciement reste envisageable si l’absence prolongée du salarié désorganise gravement le fonctionnement de l’entreprise, rendant nécessaire un remplacement définitif. Ces conditions sont strictement encadrées par la jurisprudence pour éviter les abus. De même, un licenciement peut être justifié par un motif totalement étranger à la maladie, comme une faute grave commise avant l’arrêt de travail ou un motif économique avéré et indépendant de l’état de santé du salarié.
L’obligation de l’employeur : garantir un environnement de travail sain
Au-delà de la protection contre le licenciement abusif, votre employeur a des obligations proactives en matière de santé mentale. Le Code du travail, notamment via ses articles L4121-1 à L4121-5, lui impose une obligation de sécurité de résultat. Cela signifie qu’il ne doit pas seulement réagir, mais prévenir les risques. Il doit identifier et évaluer les risques psychosociaux (RPS) au sein de son entreprise, consigner cette analyse dans le Document Unique d’Évaluation des Risques (DUERP), et prendre des mesures concrètes pour préserver la santé mentale de ses équipes. Dès qu’il a connaissance d’une situation de souffrance au travail, l’employeur est tenu d’agir.
Harcèlement moral et droit à la déconnexion : vos armes légales
Parfois, la dépression est directement causée par des agissements répétés de harcèlement moral. L’article L1152-1 du Code du travail définit ces agissements comme ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits et à la dignité du salarié, à sa santé physique ou mentale. Si vous suspectez d’être victime de harcèlement, chaque preuve compte : mails, SMS, témoignages de collègues. Il est crucial d’alerter les représentants du personnel (CSE), la médecine du travail, et éventuellement l’inspection du travail. Le harcèlement moral est un délit pénal, passible de sanctions importantes.
Autre protection essentielle à l’ère du numérique : le droit à la déconnexion. Depuis la loi Travail de 2016, les entreprises de plus de 50 salariés doivent négocier des accords garantissant ce droit, vous protégeant ainsi de l’obligation de répondre aux sollicitations professionnelles en dehors de vos heures de travail. Un élément vital quand on sait que l’hyperconnexion est un facteur majeur d’épuisement professionnel et de dépression.
Le secret médical : une garantie inébranlable
Un point crucial pour votre sérénité : votre employeur n’a absolument pas à connaître la nature de votre maladie. Le volet de l’arrêt de travail qui lui est destiné ne mentionne aucun diagnostic. Même le médecin du travail, bien qu’il puisse émettre des recommandations d’aptitude ou d’aménagements, est tenu au secret professionnel et ne peut en aucun cas divulguer votre diagnostic à l’employeur. Vous n’avez aucune obligation de révéler que vous souffrez de dépression à qui que ce soit dans l’entreprise.
La RQTH : transformer la difficulté en levier d’aménagements professionnels
La Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH) est un dispositif souvent sous-estimé, mais qui peut offrir un soutien considérable aux personnes souffrant de dépression sévère ou chronique. Oui, une dépression peut, en droit, être considérée comme un handicap lorsqu’elle limite durablement vos capacités professionnelles, d’accès ou de maintien dans l’emploi.
La RQTH est un statut accordé par la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH). Elle officialise le fait que votre état de santé, qu’il soit physique ou psychique, entrave votre parcours professionnel. Obtenir ce statut n’est pas synonyme d’incapacité, mais plutôt d’une reconnaissance de vos besoins spécifiques, ouvrant la porte à des aménagements et des protections adaptées. C’est un levier, pas une étiquette.
Démarches et bénéfices concrets de la Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé
La demande de RQTH se fait auprès de la MDPH de votre département. Vous devrez remplir le formulaire Cerfa n°15692*01, auquel vous joindrez un certificat médical détaillé, rédigé par votre psychiatre ou votre médecin traitant. Ce document est capital, car il doit clairement décrire l’impact de votre dépression sur vos capacités de travail. Après le dépôt de votre dossier, la Commission des droits et de l’autonomie (CDAPH) étudiera votre situation. Le délai de traitement peut varier, mais il est en moyenne de quatre à six mois.
Les avantages concrets de la RQTH sont multiples et peuvent transformer votre quotidien professionnel :
- Aménagement du poste : Votre employeur est tenu d’aménager votre poste de travail (horaires, charge de travail, possibilités de télétravail) en collaboration avec le médecin du travail.
- Priorité de reclassement : En cas de licenciement économique, vous bénéficiez d’une priorité de reclassement et, si cela s’applique, d’un doublement de la durée de votre préavis.
- Obligation d’emploi : Les entreprises de plus de 20 salariés ont l’obligation d’employer 6 % de travailleurs handicapés. La RQTH peut donc faciliter votre embauche ou votre maintien dans l’emploi.
- Aides financières : Accès à des aides spécifiques de l’AGEFIPH (secteur privé) ou du FIPHFP (secteur public) pour le financement d’aménagements de poste ou de formations.
- Formation et reconversion : Accès facilité à des formations professionnelles et à des dispositifs spécifiques de reconversion adaptés à votre situation.
- Retraite anticipée : Sous certaines conditions de durée de cotisation et de taux d’incapacité, la RQTH peut ouvrir droit à une retraite anticipée dès 55 ans.
Il est important de savoir que la RQTH est un statut confidentiel. Vous n’êtes absolument pas obligé(e) d’en informer votre employeur. Cependant, la révéler vous permet de bénéficier des aménagements prévus. C’est une décision qui vous appartient entièrement, à prendre en fonction de votre situation et de vos besoins.
Retour au travail après la dépression : un chemin balisé vers la reprise
La perspective d’un retour au travail après un épisode dépressif peut être source d’appréhension. C’est une étape cruciale qui, si elle est mal préparée, augmente considérablement le risque de rechute. Une reprise réussie se construit avec méthode et un accompagnement adapté.
Après un arrêt de travail d’une durée significative, soit plus de 60 jours pour une maladie non professionnelle (ou 30 jours pour un accident de travail), une visite de reprise auprès du médecin du travail est obligatoire. Elle doit se tenir dans les huit jours suivant votre retour effectif en entreprise. Lors de cette visite, le médecin du travail évalue votre aptitude à reprendre votre poste. Il peut vous déclarer apte, avec ou sans aménagements spécifiques, ou, dans les cas les plus difficiles, vous déclarer inapte si le retour à votre poste initial présente un risque avéré pour votre santé.
Une astuce précieuse, souvent méconnue, est de solliciter une visite de pré-reprise pendant votre arrêt de travail (article R4624-29 du Code du travail). Cette démarche proactive permet d’anticiper les aménagements nécessaires, de discuter des conditions de votre retour avec le médecin du travail et l’employeur, et de préparer une transition en douceur, sans la pression du dernier moment.
Visite de reprise et temps partiel thérapeutique : les clés d’une transition réussie
Le temps partiel thérapeutique, communément appelé « mi-temps thérapeutique », représente un dispositif d’une grande valeur pour un retour progressif et sécurisé. Il est prescrit par votre médecin traitant et nécessite l’accord du médecin-conseil de la CPAM, ainsi que celui de votre employeur. Ce dispositif permet de réintégrer votre poste à un rythme réduit, pour une période donnée, tout en conservant une partie de vos indemnités journalières.
Imaginez un planning de reprise progressif qui pourrait ressembler à ceci :
- Durant les premières semaines, une reprise à 50% de votre temps, par exemple les lundis, mardis et mercredis matins, afin de vous réhabituer doucement au rythme et à l’environnement professionnel. L’objectif est de retrouver les sensations sans surcharge.
- Les semaines suivantes, une augmentation progressive à 60% ou 70%, combinant des demi-journées et des journées complètes, pour reprendre des tâches simples et réactiver vos repères professionnels.
- Puis, une transition vers 80% du temps, souvent sur quatre jours par semaine, afin de monter en charge de manière maîtrisée et de confirmer votre capacité à gérer des responsabilités croissantes.
- Enfin, un retour à 100% avec des aménagements si nécessaire, consolidant ainsi une reprise complète et durable.
Pendant cette période, vous percevez votre salaire proportionnellement au temps travaillé, complété par les indemnités journalières pour les heures non travaillées. Ce dispositif peut s’étendre jusqu’à un an, offrant une flexibilité précieuse pour une réintégration réussie.
Aménagements de poste et prévention de la rechute : construire une résilience durable
Au-delà du temps partiel thérapeutique, le médecin du travail peut préconiser des aménagements de poste spécifiques, que l’employeur est tenu de mettre en œuvre, à moins de justifier une impossibilité. Ces aménagements sont variés et adaptés à chaque situation. Cela peut inclure des modifications d’horaires, comme éviter les réunions trop tôt le matin ou tard le soir, la mise en place de télétravail partiel pour réduire la fatigue liée aux transports, une adaptation de la charge de travail avec une réduction temporaire des objectifs, ou même un changement de poste vers une fonction moins exposée au stress. Des entretiens réguliers avec votre manager et les Ressources Humaines sont également essentiels pour ajuster ces mesures en continu.
La prévention de la rechute est un enjeu majeur, car le risque est réel : 50 à 60 % des personnes ayant connu un épisode dépressif en vivront un second. Pour minimiser ce risque, un suivi psychologique régulier, même une fois que vous vous sentez mieux, est fortement recommandé. Il est crucial de ne jamais arrêter brutalement un traitement médicamenteux sans avis médical et de poser des limites claires entre votre vie professionnelle et votre vie personnelle. Apprendre à écouter les signaux d’alerte précoces (troubles du sommeil, irritabilité, perte de plaisir) et s’appuyer sur les ressources internes de l’entreprise (assistante sociale, cellule d’écoute, médecin du travail) sont des piliers pour construire une résilience durable.
Quand le travail est la cause directe de la dépression : vos recours renforcés
Il arrive que le lien entre la dépression et le travail ne soit pas une simple coïncidence, mais une causalité directe. Dans ces situations, le travail n’est pas seulement le cadre dans lequel la maladie se manifeste, il en est la source principale. Des mécanismes spécifiques de reconnaissance et de réparation existent alors.
Il est fondamental de distinguer la dépression qui survient dans un contexte professionnel stressant de celle qui est directement causée par des conditions de travail délétères. Cette distinction peut orienter vers des procédures légales distinctes et des indemnisations différentes. Les éléments objectifs prouvant ce lien direct sont cruciaux pour faire valoir vos droits. Cela peut inclure des témoignages, des évaluations de risques réalisées en entreprise, ou des rapports médicaux soulignant l’impact des contraintes professionnelles.
Reconnaissance en maladie professionnelle : une procédure spécifique pour la dépression
Bien que la dépression ne figure pas dans les tableaux officiels des maladies professionnelles, sa reconnaissance est bel et bien possible depuis la loi Rebsamen du 17 août 2015. Cette avancée législative a ouvert une voie pour les maladies qui ne sont pas listées mais dont l’origine professionnelle est avérée. Les conditions sont strictes : il faut d’abord qu’un taux d’incapacité permanente partielle (IPP) d’au moins 25% soit établi par un médecin. Ensuite, un lien direct et essentiel entre la dépression et les conditions de travail doit être clairement démontré. Le dossier est alors examiné par le Comité Régional de Reconnaissance des Maladies Professionnelles (CRRMP), une instance tripartite composée d’experts médicaux et administratifs.
Les avantages d’une telle reconnaissance sont significatifs. La prise en charge des soins liés à la dépression devient intégrale (100%), les indemnités journalières sont majorées (passant de 60% puis 80% du salaire), et, en cas d’incapacité permanente, une rente peut être versée. Pour comprendre les subtilités de cette démarche, il est souvent judicieux de consulter un avocat spécialisé en droit du travail ou de se rapprocher d’un représentant syndical. C’est une bataille qui peut être longue, mais dont l’issue peut changer la vie.
Faute inexcusable de l’employeur et prud’hommes : réparer le préjudice subi
Si la dépression est directement imputable à une faute grave de l’employeur, comme un manquement à son obligation de sécurité de résultat, vous pouvez invoquer la « faute inexcusable de l’employeur ». Cette faute est reconnue lorsque l’employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel vous étiez exposé(e) et qu’il n’a pas pris les mesures nécessaires pour vous en préserver. Si la faute inexcusable est reconnue, cela ouvre droit non seulement à une majoration de la rente d’incapacité permanente, mais aussi à la réparation intégrale de tous les préjudices subis : souffrance physique et morale, préjudice d’agrément, pertes de revenus ou de promotion.
En parallèle, si votre dépression découle de manquements graves de l’employeur, comme du harcèlement, une surcharge de travail chronique ou le non-respect du droit à la déconnexion, le Conseil de prud’hommes est la juridiction compétente. Vous pouvez y solliciter des dommages et intérêts pour manquement à l’obligation de sécurité de l’employeur, et dans les cas les plus graves, demander la résiliation judiciaire de votre contrat de travail aux torts de l’employeur. Cette résiliation, si elle est prononcée, équivaut à un licenciement sans cause réelle et sérieuse, ouvrant droit à des indemnités spécifiques.
Avant toute action judiciaire, il est primordial de constituer un dossier solide. Conservez précieusement tous vos arrêts de travail, certificats médicaux, échanges écrits avec l’employeur, et tout témoignage de collègues. Une consultation avec un avocat spécialisé en droit du travail est fortement recommandée. De nombreuses permanences juridiques gratuites existent (maisons de justice, permanences syndicales, aide juridictionnelle) et peuvent vous apporter un premier niveau d’information et d’orientation.
N’attendez pas que la situation s’aggrave. Si vous vous reconnaissez dans ces situations, parlez-en à un professionnel de santé, informez-vous davantage sur vos droits et n’hésitez pas à chercher le soutien nécessaire. Votre bien-être est primordial. Pour une aide immédiate, composez le 3114, numéro national de prévention du suicide, disponible 24h/24 et 7j/7.
Peut-on être licencié pendant un arrêt maladie pour dépression ?
En principe, non. Le contrat de travail est suspendu durant un arrêt maladie, et un employeur ne peut licencier un salarié en raison de son état de santé (discrimination). Cependant, un licenciement est possible pour des motifs étrangers à la maladie (faute grave antérieure, motif économique) ou si votre absence prolongée désorganise gravement l’entreprise, sous des conditions très strictes définies par la jurisprudence.
Combien de temps peut durer un arrêt maladie pour dépression ?
Il n’existe pas de durée maximale légale fixe pour un arrêt maladie pour dépression. Les arrêts initiaux sont souvent de 2 à 4 semaines, mais peuvent être renouvelés autant de fois que nécessaire par votre médecin. Les indemnités journalières de la CPAM sont versées jusqu’à 360 jours sur une période de 3 ans. Si la dépression est reconnue en Affection Longue Durée (ALD 23), cette durée de versement peut être étendue jusqu’à 3 ans consécutifs.
Comment obtenir la reconnaissance en ALD pour dépression ?
Votre médecin traitant doit établir un protocole de soins (formulaire S3501) et le soumettre au médecin-conseil de la CPAM. Pour que la dépression soit reconnue en ALD 23 (affections psychiatriques de longue durée), elle doit être sévère, récurrente ou résistante aux traitements. Si elle est acceptée, tous les soins liés à votre dépression seront remboursés à 100% par l’Assurance maladie.
La dépression peut-elle être reconnue comme maladie professionnelle ?
Oui, même si elle n’est pas dans les tableaux de maladies professionnelles. Depuis la loi Rebsamen de 2015, une dépression peut être reconnue par le Comité Régional de Reconnaissance des Maladies Professionnelles (CRRMP). Cela nécessite de démontrer un taux d’incapacité permanente d’au moins 25% et un lien direct et essentiel entre votre dépression et vos conditions de travail.
Mon employeur peut-il connaître la nature de ma maladie ?
Non. Le secret médical est une protection absolue. Le volet de l’arrêt de travail destiné à votre employeur ne contient aucune information sur votre diagnostic. Le médecin du travail, également tenu au secret professionnel, ne peut communiquer à l’employeur que des recommandations d’aptitude ou d’aménagement de poste, sans jamais révéler la nature de votre maladie.







